Le maillon souvent oublié de la transformation et de l’acculturation digitale, c’est le manager de proximité, celui qui supervise et répond des actions de ses équipes au jour le jour. Alors que la communication au sein de l’entreprise s’aplatit et que les silos se brisent, il n’est plus un maillon incontournable de la chaîne de communication et de décision de l’entreprise. L’intrapreneuriat est une façon de plus de le bousculer et de réinventer la culture managériale de l’entreprise.

 

Bousculer le manager

Responsable des projets de son équipe, le manager est un acteur essentiel dans une entreprise traditionnelle. Il est celui qui renseigne les collaborateurs au jour le jour, la personne qui communique avec les autres équipes et départements, soutient l’équipe dont il gère les projets, qu’il félicite, sanctionne et avec qui il fait des entretiens annuels. L’intrapreneuriat fait partie des initiatives qui font exploser ces habitudes. S’ils dépendent encore de leur manager pour les tâches propres à leur fiche de poste, les intrapreneurs dépendent pour leur projet d’intrapreneuriat avant tout du directeur du programme.

L’intrapreneuriat est ainsi synonyme d’empowerment des collaborateurs, quel que soit leur niveau hiérarchique. Cet empowerment passe par des projets dont les collaborateurs sont directement porteurs, sans besoin d’approbation ou de supervision de la part de leur manager. Le manager doit ainsi accepter de ne plus avoir la main sur l’intégralité des tâches de son collaborateur. En conséquence de cela, il n’est plus le point de pivot du collaborateur pour ses communications avec les autres équipes et n’est plus la personne qui définit les indicateurs de succès et d’échec des projets de son collaborateur intrapreneur.

C’est plus largement ce vers quoi va une entreprise en transformation : un manager n’est plus là pour surveiller les collaborateurs, leur déléguer des tâches et assurer la communication indispensable de son équipe avec le reste de l’entreprise.

Réinventer le rôle du manager

Le manager va-t-il ainsi devenir coach de ses collaborateurs ? Ça n’est pas parce que ses missions évoluent que le manager devient inutile. Avec une connaissance souvent plus profonde de l’entreprise, de ses objectifs et de son fonctionnement, le manager devient un soutien évident de ses équipes. Formé en amont, il peut devenir un facilitateur de leurs projets, la personne qui partage des informations et ouvre des portes en interne pour l’avancement du projet. Lorsqu’il a un intrapreneur dans son équipe, il apprend à adapter le fonctionnement global et le rythme d’avancement des projets pour qu’il puisse intraprendre sereinement, tout en acceptant que des mails urgents seront parfois traités loin du bureau, entre deux séances de design thinking.

Si l’intrapreneur revient à temps plein dans son équipe, le manager peut faire le choix judicieux de miser sur lui pour accélérer l’acculturation des autres membres de l’équipe. En effet, un intrapreneur menant rarement son projet complètement seul, il a appris de nouvelles façons de collaborer et de transmettre ses connaissances. Dans un cadre où l’apprentissage informel et par la pratique peut accélérer des projets d’entreprise, ces compétences deviennent précieuses. Il incombe au manager de réussir son changement de posture pour s’appuyer sur ce collaborateur pour sensibiliser ses collègues à ce qu’il a appris en intraprenant.

 

Le changement de posture du manager est essentiel pour assurer la continuité des tâches habituelles des intrapreneurs. En effet, si le manager se cantonne à son ancien rôle, il court le risque de rendre exigu pour le collaborateur tout ce qui n’a pas trait à l’intrapreneuriat, mais aussi de bloquer son propre développement en refusant de s’ouvrir à de nouvelles pratiques. Tout le monde est perdant : le collaborateur, le manager et l’entreprise – aussi bien en termes de projets qu’en termes de talents. Il est ainsi crucial de trouver les clefs pour accompagner les managers dans leur changement de posture face aux intrapreneurs, pour que celui-ci se déroule de façon fluide et naturelle, comprise de tous.

 

 

 

Jean-Noël Chaintreuil est le directeur de Change Factory, laboratoire d’acculturation qui accompagne les grands groupes dans leur transformation. Ses passions avouées incluent le chocolat et les loutres.