Si vous nous suivez, voire faites appel à nos services chez Change Factory, il y a des chances pour que les questions de diversité, de santé et santé mentale au travail vous tiennent à cœur. Peut-être même avez-vous déjà mis en place des mesures pour améliorer ces points au sein de votre entreprise. Il y a cependant certains éléments spécifiques à vos collaboratrices que vous n’avez peut-être pas encore pris en compte pour améliorer leur qualité de vie au travail, et dont vous n’avez possiblement pas même idée.

Notre propos ici est d’aborder, outre les soucis sociologiques de harcèlement, de discrimination voire de violences sexistes, des troubles et états physiques et mentaux qui touchent de nombreuses femmes et qui affectent leurs vies de collaboratrices. Souvent dissimulés par simple pudeur ou crainte des discriminations, ceux-ci jouent un rôle évident dans leur qualité de vie au travail. En effet, en 2015, le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France relevait que le taux de prévalence de la souffrance psychique au travail était deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes, quels que soient le secteur d’activité et l’année.

Rendre visibles et normaliser les troubles et états que traversent peut-être vos collaboratrices et collaborateurs transgenres, au même titre que les besoins physiologiques propres à tous les genres, est un premier pas pour instaurer des mesures ou attentions spécifiques. Cela aura à n’en pas douter des conséquences positives sur l’engagement et l’efficacité au travail, ainsi que sur l’employee advocacy. Et puis, entre nous : c’est quand même plus sympa de travailler dans un environnement où chacun se sent bien et est pris en considération en sa qualité d’être humain.

Les douleurs menstruelles

Entrons maintenant dans le vif du sujet avec un thème qui en fait rougir plus d’un, alors qu’il n’y a franchement pas de quoi : le cycle menstruel. A priori, rien de plus normal et naturel, sauf qu’au tabou absurde qui entoure la période des menstruations s’ajoute parfois certains troubles, pas moins tabous, qui peuvent grandement altérer la qualité de vie des intéressées, au travail ou non.

Parmi ceux-ci, il y a l’endométriose, maladie qui n’a gagné en visibilité médiatique que très récemment, alors qu’elle touche plus d’une femme sur dix en âge de procréer. Concrètement, il s’agit de la présence de tissus semblables à la muqueuse utérine hors de l’utérus, et qui réagissent aux hormones de la même façon que cette dernière. Cela entraîne chez 70% des personnes touchées des douleurs chroniques invalidantes, notamment au moment des règles, en raison de lésions provoquées sur des tissus fortement innervés.

Du fait d’une grande méconnaissance de cette maladie, celle-ci prend en moyenne 7 ans à être diagnostiquée, et ne connaît aucun traitement définitif, même si l’hormonothérapie et/ou la chirurgie peuvent temporairement endiguer son évolution.

Dans certains pays comme le Japon et l’Indonésie, le monde du travail s’est rapidement adapté aux problèmes de dysménorrhées, c’est-à-dire de règles douloureuses, en proposant des congés menstruels aux collaboratrices. Au Japon, ce congé est cependant en perte de popularité : quand il était pris par 26,2% des Japonaises en 1965, elles n’étaient plus que 0,09% en 2016. En cause : les avancées médicales et en matière de protections hygiéniques, certes, mais aussi la pression sociale, la méconnaissance de cette solution et le tabou autour des règles.

 

Le syndrome prémenstruel

Autre condition potentiellement handicapante pour vos collaboratrices : le syndrome prémenstruel (SPM). Il s’agit d’un ensemble de troubles survenant habituellement dans la semaine précédant les règles, pouvant aller jusqu’à 14 jours avant celles-ci, parmi lesquels on note le plus souvent une fatigue prononcée, une poitrine gonflée et sensible, un gonflement du bas-ventre et/ou de l’irritabilité. Si le SPM est extrêmement courant, ses symptômes sont assez intenses pour interférer avec les activités quotidiennes de 20% à 30% des femmes en âge d’avoir des enfants.

Lorsque les manifestations psychologiques du SPM sont particulièrement prononcées, on parle alors de trouble dysphorique prémenstruel (TDP), qui toucherait 3% à 8% des femmes en âge de procréer. Celui-ci peut se traduire par une humeur dépressive, une grande irritabilité ou agressivité, des pensées suicidaires (15% des femmes touchées passeraient à l’acte durant cette période), de l’anxiété ou encore une perte d’intérêt dans les relations et activités journalières ; symptômes qui disparaissent en début de cycle. N’ayant été reconnu qu’en 2013 comme trouble psychiatrique à l’étude dans le DSM V, celui-ci demeure encore aujourd’hui relativement peu connu par le personnel médical et le grand public. Il est donc possible que certaines de vos collaboratrices traversent chaque mois des périodes psychologiquement éprouvantes, qui affectent leur motivation, leur efficacité et leurs relations interpersonnelles, sans avoir conscience de souffrir de TDP.

 

Les contraceptions hormonales mal adaptées

Ces troubles manifestant une sensibilité accrue aux variations hormonales, certaines de vos collaboratrices pourraient également être touchées par des symptômes proches de ceux du SPM ou du TDP lors d’un changement de contraception, en raison d’une contraception hormonale mal adaptée. Une étude de l’Université de Copenhague publiée en 2016 met en lumière un lien possible entre dépression et prise de contraception hormonale. D’après le docteur Martin Winckler, les effets possibles sur l’humeur des contraceptions hormonales sont parfaitement logiques : « Pour endormir l’ovulation, il faut que les hormones des méthodes contraceptives agissent sur l’hypophyse (une glande du cerveau). Or, impossible qu’elles agissent sur l’hypophyse sans agir sur les autres centres — et en particulier ceux qui contrôlent l’humeur. ».

Le congé menstruel mentionné plus haut n’a jamais été adopté en France, et ne le sera probablement pas pour des raisons de discrimination et de violation du secret médical, du fait que les collaboratrices devraient justifier de leur condition auprès de leur employeur. Des solutions sur le lieu de travail peuvent cependant être mises en place pour faciliter leur quotidien lors des journées les plus critiques du cycle. L’avocat Jérémie Arafi propose par exemple dans un article pour le Huffington Post la mise en place de télétravail occasionnel, permettant aux collaboratrices de continuer de travailler dans un cadre plus propice à répondre à leurs besoins physiques ou psychologiques du moment.

 

Les premiers mois de grossesse

Autre moment de la vie de certaines femmes pouvant être difficile à vivre en entreprise : les premiers mois de grossesse. Invisibles, souvent tenus secrets en raison de la possibilité de faire des fausses couches, c’est également souvent une période éprouvante, pouvant être marquée par une grande fatigue, des nausées fréquentes ou encore des maux de tête. Du point de vue psychologique, on estime qu’entre 5% et 15% des femmes enceintes développent des troubles anxieux tels que des TOC, des phobies, des troubles de panique ou encore des états de stress aigus, principalement lors du premier et du troisième trimestre de grossesse. 

D’après une étude de la fondation Premup, 95% des femmes enceintes annoncent ne jamais avoir reçu d’informations pour vivre au mieux la grossesse dans leur quotidien professionnel, et 70% des femmes entre 25 et 34 ans affirme qu’il leur a été difficile de vivre leur grossesse sur le lieu de travail. Certains aménagements comme des limitations de déplacements, du télétravail ou des horaires aménagés peuvent être mis en place afin d’améliorer la qualité de vie au travail des femmes enceintes.

Outre des effets positifs sur la santé de la mère et du fœtus, offrir un environnement de travail bienveillant et adapté à une femme enceinte permet d’éviter des arrêts de travail anticipés et de retenir des talents dans l’entreprise.

 

La ménopause

Autres talents que votre entreprise aurait tort de négliger : les femmes à l’âge de la ménopause. En effet, cette période est difficile à plusieurs titres. D’une part, la société française véhicule de nombreux stéréotypes négatifs sur les seniors et les femmes de plus de 50 ans sont aujourd’hui les plus vulnérables sur le marché de l’emploi. D’autre part, les femmes traversant la ménopause peuvent vivre des désordres biologiques qui interfèrent avec leur vie au travail : grande fatigue, perte de concentration ou mémoire défaillante, douleurs articulaires, bouffées de chaleur, faiblesses de la vessie…

Là encore, des aménagements peuvent être mis en place au sein de l’entreprise afin de rendre la période moins difficile pour ces collaboratrices : diminuer la température des pièces, s’assurer d’un bon approvisionnement en eau potable, d’avoir des toilettes facilement accessibles, permettre aux collaboratrices de porter des vêtements plus amples et confortables, dans le cas où l’entreprise demande un code vestimentaire strict… Et toujours, comme dans les cas précédents, rester ouverts, bienveillants et à l’écoute de vos collaboratrices : même si celles-ci ne vous font pas part de leur état de santé, elles pourront plus librement vous faire part de leurs besoins et des dispositions spécifiques leur permettant de travailler dans les meilleures conditions possibles.

Cela vous permettra de fidéliser des profils précieux pour l’entreprise, dotés d’une grande expérience et expertise de leur domaine.

 

En conclusion

Il nous semble important de rappeler que vos collaborateurs et collaboratrices sont les meilleurs ambassadeurs de votre entreprise et que la diversité en genres, âges, origines et références culturelles est tant un signe qu’un gage de sa bonne santé. D’après une étude menée en 2010 par le MIT et l’Université de Carnegie Mellon le QI d’un groupe, c’est-à-dire sa capacité à répondre à un problème donné, est directement corrélé à la proportion de femmes au sein de celui-ci. Pour le docteur Emile Servan-Schreiber, fervent défenseur de la diversité comme clé de l’intelligence collective, cela s’expliquerait du fait que les femmes « communiquent généralement mieux, ont une écoute plus riche, plus bienveillante, une capacité à deviner les émotions des autres, à se mettre à leur place, à comprendre les non-dits. Elles savent aussi respecter le temps de parole de chaque individu. »

Travailler votre marque employeur passe également par votre capacité à répondre à des besoins spécifiques sur lesquels la plupart de vos collaboratrices resteront discrètes et que nous avons tenté ici de rendre visibles et compréhensibles. Adopter une posture d’écoute et mettre en place des aménagements ou dispositions répondant à ces besoins invisibles permettra assurément de favoriser l’engagement et l’efficacité de vos collaboratrices, la rétention de talents au sein de votre entreprise, ainsi que votre Employee Advocacy.

 

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Audrey Risser est Cheffe de projet communication pour Change Factory. Intéressée par les évolutions de la société vers davantage de justice sociale et écologique, elle aime les chats, la couleur noire, et est DJ en soirées goth la nuit.