Quelle place pour la fresque du climat en entreprise ?

Juil 22, 2021 | Culture d'entreprise, RSE

Chaleurs extrêmes eau Nord-Ouest de l’Amérique ayant entraîné la destruction de 90% du village canadien de Lytton, chaleurs inédites en Sibérie, inondations historiques en Allemagne, Belgique et Luxembourg, dont le bilan humain et matériel ne cesse de grossir à mesure que passent les jours, faisant écho aux coulées de boue qui ont eu lieu plus tôt ce mois-ci dans le département de Shizuoka, au centre du Japon, première famine directement entraînée par le changement climatique à Madagascar, à laquelle est exposée 400 000 personnes… En France même, le changement climatique est sensible, avec des températures exceptionnellement basses pour un mois de juillet, et des précipitations rares pour cette saison de l’année.

Alors même que nous ne sommes « qu’à » une hausse climatique de +1,2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, loin du seuil de 1,5°C, voire 2°C, prévu par l’Accord de Paris en 2015, les dégâts matériels s’élèveraient à 140 milliards d’euros pour les 15 plus grosses catastrophes climatiques de 2020 uniquement, et les pertes de rendement agricoles cette année en France sont estimés à 47% dans l’arboriculture et 30% dans la viticulture par rapport à la moyenne des cinq dernières années en raison des gelées exceptionnelles d’avril, phénomène qui, à terme, pourrait mettre en péril notre indépendance alimentaire.

Je vous laisse faire une pause dans votre lecture pour respirer dans un sac en papier (recyclé) ou faire un peu de cohérence cardiaque avant d’aborder la suite.

Pourquoi comprendre l’origine du changement climatique ?

Maintenant que ces informations alarmantes et malheureusement réalistes ont été assimilées, à défaut d’acceptées, une question vous brûle certainement les lèvres : que faire ? Au risque de vous décevoir, je n’ai pas de réponse toute faite à cette question. Je pourrais vous proposer de nous lancer collectivement dans des communautés low-tech auto-suffisantes, véganes, auto-gérées, où permaculture, économie régénarative et auto-détermination citoyenne font loi ; mais la radicalité du projet risque de vite se casser les dents face à de nombreuses résistances. Mettons donc mes rêves éco-libertaires de côté pour se concentrer sur des étapes concrètes à mettre en place dès aujourd’hui.

La première de celles-ci, c’est la bonne compréhension par le plus grand nombre des différents paramètres liés au changement climatique. En effet, si nous ne comprenons pas comment celui-ci fonctionne réellement, difficile de trouver des pistes pour le juguler, ou à défaut : organiser notre résilience en tant qu’espèce.

Bonne nouvelle (oui, il y en a enfin une !), c’est tout l’objet de l’initiative de la Fresque du Climat : des ateliers de 3 heures organisés en groupes d’une dizaine à une vingtaine de personnes, en présentiel comme en distanciel, pour comprendre l’interdépendance de différents phénomènes influant sur le changement climatique – ou découlant de celui-ci – et ainsi trouver des pistes concrètes pour des actions à impact positif.

La fesque du climat, un outil de changement culturel

A destination des particuliers, scolaires et universitaires comme des entreprises et pouvoirs publics, c’est auprès de ces derniers que la Fresque du Climat prend tout son sens. Le phénomène est en effet d’une ampleur telle qu’un maximum de parties prenantes de la société doit s’en emparer pour agir efficacement, dans le même sens (espérons : le bon). En effet, si le pouvoir de nuisance des grandes entreprises a largement été pointé du doigt, que ce soit par leurs activités, leurs investissements, ou encore leur influence politique via des actions de lobbying, des initiatives concrètes et sans green-washing de leur part en faveur de la préservation du climat pourront avoir un poids considérable pour l’avenir de l’humanité.

Plus de 30 000 salariés ont ainsi pu être formés à la Fresque du Climat et 21 groupes du CAC 40 sont engagés auprès de l’association, dont L’Oréal ou encore BNP Paribas. L’impact de ces ateliers va des prises de consciences individuelles des collaborateurs, points de départ pour le changement de leurs comportements ou leur implication dans des initiatives à impact, au lancement de projets concrets, sous forme d’intrapreneuriat, pour agir au sein de l’entreprise sur certains leviers identifiés dans la Fresque.

La nécessité d’impact doit gagner les plus hautes sphères

Cependant, si ces acteurs du changement permettent d’impulser un certain changement de pratiques et de mentalités dans l’entreprise, c’est chez les décideurs et investisseurs que l’on peut initier des actions à l’impact maximal dans les structures. Les réflexions initiées lors des ateliers Fresque du Climat doivent dépasser les actions ponctuelles pour toucher au structurel : tant qu’un business model, tant que des KPIs seront intrinsèquement nocifs pour l’environnement et/ou la société (l’un n’allant pas sans l’autre, la finalité de la préservation du climat étant le bien-être, ou a minima la dignité, la non-souffrance humaine), toute action visant la préservation du climat au sein de l’entreprise sera au mieux anecdotique, au pire contre-productive, car participant au green-washing d’une structure délétère.

Etant donné l’urgence extrême de la situation climatique, c’est donc au niveau du COMEX et des investisseurs que les ateliers Fresque du Climat prennent le plus leur sens. Cela n’exclut pas, bien-entendu, de poursuivre ces ateliers à tous les niveaux de l’entreprise, car ils peuvent créer une nouvelle attente de la part des collaborateurs et ainsi influer sur l’employee advocacy. En effet, d’après une étude de l’Institut CSA pour LinkedIn et l’ADEME parue en juin 2021, 91% des salariés estiment que la transition écologique devrait être une préoccupation prioritaire ou importante pour les entreprises françaises et 78% préfèrent rejoindre une entreprise engagée pour la transition écologique. Cela fait écho au mouvement Pour un réveil écologique, lancé par des étudiants de grandes écoles en septembre 2018, où près de 30 000 signataires s’engagent à refuser de rejoindre des entreprises sans engagement réel en faveur du climat.

Difficile en effet de déconstruire chez certains dirigeants et investisseurs une mentalité et une idée du succès d’entreprise avec laquelle ils ont toujours fonctionné. A travers ses 42 cartes, la Fresque du Climat présente ainsi l’avantage d’aborder la catastrophe économique qui découle du dérèglement climatique : toute partie prenante (c’est-à-dire tout le monde) peut ainsi se sentir directement concernée par la question et être poussée à agir.

Pour décupler son impact, la Fresque du Climat a été traduite dans 25 langues et vise le million de formés d’ici fin 2022. Elle entend s’inviter à la COP26 de Glasgow en novembre 2021 pour s’adresser directement aux représentants des pays les plus émetteurs en CO2.

Forte de son succès, la Fresque du Climat s’est aujourd’hui déclinée sur des sujets liés, comme la Fresque du Numérique, qui permet de mieux saisir les enjeux environnementaux du numérique, ou encore la Fresque de la diversité que vient de lancer l’ESSEC pour sensibiliser les « décideurs de demain », étudiants en grandes écoles, aux enjeux liés à la discrimination en entreprise. Autant d’initiatives qui pourront, je l’espère, profondément transformer les entreprises, et par extension la société, pour des pratiques plus justes et durables pour le plus grand nombre.

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Audrey Risser est Cheffe de projet communication pour Change Factory. Intéressée par les évolutions de la société vers davantage de justice sociale et écologique, elle aime les chats, la couleur noire, et est DJ en soirées goth la nuit.

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